Face à la mer
Je suis née d’un baiser prolongé dans l’ivresse
En ces anciens temps flous tourbillants de paresse
Où j’étais, babillante, hésitante et latente,
En attente ; où j’étais encore un peu absente.
J’étais nue – Eh oui
Mais le temps d’innocence
Est bien court. Il s’élance
Il court – Il danse
Et d’un coup rentre en transe
En cent sens
Et soudain
– C’est si soudain ! –
C’est la guerre en mon sein,
Tout prend feu !
Hier j’étais fillette et demain serai femme
Deux arrogances : Voilà d’où viennent les flammes !
Et tout crame !
Mais tout chaos n’est pas que drame.
Nouveau corps à l’or fin,
Textures et parfums…
J’accoste en dilettante
Je m’ancre en conquérante
A l’aube affolante
D’ardeurs émancipées
Ailée, désaveuglée,
Je m’attends d’aimer
Enfilant ma vie
J’en atteins l’aphélie
Le sommet n’est pas si
Haut ! Je le dépasse
Et descends l’autre face,
Pieds et mains dans la glace
Dans quelques jours,
Déjà,
Mes décors et contours,
Las,
S’affaisseront d’eux-mêmes dans l’angoisse et la honte,
Plus meurtris qu’un navire à cale, et qu’on démonte
Après deux traversées ; qui, en quatre marées,
A tout vu, et n’a rien vu, et n’a rien laissé
De lui dans l’océan, l’océan qui demeure
Inchangé. Et moi, face à la mer, j’ai peur.