Le verbe sensible... Un texte par jour.
La grande porte Est devenue trop lourde On ne l'ouvre plus Elle s'endort
La beauté plaquée Peut-elle infuser Jusqu'au noyau ?
Ce sont des idées épaisses Nagées dans l'huile et la graisse Et la purée de pensées Tout ça bout à grands bruits Que le chaudron éclate !
La route fine Mène au nœud Et là, plus rien Il faut démêler Sans appui Sans couteau
Comptons les absences Sur nos doigts séparés Les mêmes que ceux qui touchent Comptons, leur nombre est une erreur Comptons, et nos mains en débordent Et nos bras Ne sont pas faits pour cela
Sont-ils - nos cœurs - si solides ? Pour les donjons qu'on leur prépare Sont-ils vivants Assez Pour contrer la pierre froide ?
Pendant que rebondissent Les mauvaises raisons D'une tempe à l'autre Qui s'occupe du reste du visage ?
Pourquoi le sol paraît-il si fragile ? Comment descendre semblerait facile Parce que tu ne tiens qu'à un fil Autant de fois l'horizon défile Notre abri paraissait si tranquille Mais tu sais tu ne tiens qu'à un fil Tu ne tiens qu'à un fil
La rayure sur le masque sacré La balafre Le rythme déserté Rien n'échappe au regard inquiet
Tu verras La lutte contre le loquet Le grincement du volet Tu verras Le bois vieilli qui cède Les insectes surpris Tu verras L'air piquant du matin La lumière qui se cogne aux yeux Tu verras On frissonne un peu Et puis C'est fait On vit
J'avais dit secoue-moi J'avais dit agite et bouscule J'avais voulu la tempête Mais rien La brume Verticale et collante Les lagunes Recouvertes
Muet depuis trop Il rayonne son silence Alors chaque ombre une chanson Il s'y baigne en appelant Ton réveil
Ce qu'il nous reste Les taches et les ordures L'orgueil rouillé à cœur Le grand voile de bitume N'y pourront rien Ce qu'il nous reste Tu l'as bien vu Ça tient
Qui a pris les odeurs ? Qui a vidé notre air ? Mes mains s'agitent et ne rencontrent rien Parle-moi ! Réponds ! Parle-moi ! Et même le silence a rompu le pacte.
Ne m'arrête pas Laisse-moi contempler encore Tes yeux voraces et vifs Sertis dans ta voix d'or
C'est là, souligne Mes traits d'un regard Ces yeux me dessinent Si ces yeux se ferment Je m'efface
Les visages perdus ne voient que leur ombre Des phares désunis En lieu de réconfort
Celui qui vient d'être lâché Bien sûr Tombe Il traverse le sol Autour de son trou Voilà qu'on se regroupe Des gens penchent la tête Accroupis sur la terre Pas vu trou si long Depuis des astres Des gens basculent Aspirés par la chute Bientôt dans un bruit...
Je reviens vers des lieux À la mémoire usée Je suis chargé de pluies Et de semences lourdes Mes mains dans la Terre Savent ce qu'elles font
J'en ai vu des millions Toutes différentes Celle-ci ressemble à toutes Comment est-ce possible ?
Est-il bientôt l'heure grise Qui mange le jour Jusqu'à la frange ?
Un peu de superbe se détache De la poudre, des flocons Pèsent sur le sol D'un poids négligeable. Le fier orgueil n'a rien vu Remonte encore son assise Méprise les particules Il déambule
Et si on partait Faire le tour du monde en rêve ? On aurait des ailes Grandes comme des cris de joie Et des yeux-mains-nez-bouches-oreilles à mémoire
Ils sont revenus Ils se regardent Ils parlent la langue bicolore Que vous commencez à comprendre C'est normal Ils disent de belles choses
Posé dans l'obscure douceur Je deviens le parcours effleuré De tes doigts de lumière Sur ma peau