Le verbe sensible... Un texte par jour.
Ne plus jamais l'écrire Sur aucune feuille Sur aucun mur L'accent noir qui bouscule Toutes les lettres
Ne voulez-vous pas venir Vers moi et lire Dans mes yeux étendus Votre miroir ?
Encore un peu, tu ne seras plus qu'un corps Qui respire contre moi Sais-tu bien qui je suis Serré contre toi Et ne respirant pas ?
On dirait que cet endroit M'attendait M'a reconnu M'appelait Depuis mon départ
Essore Éponge Absorbe Essuie Tous les moyens sont bons La flaque Ne prendra pas
Regardez ce grand gaillard Qui panique Jette partout ses grands bras Ses regards accrocheurs Qui s'agite Pour ne plus être seul
Au pinceau, sur le verre La lumière à travers Est vivante Mais parfois Les ombres grimaçantes Prennent tout Et c'est la nuit, liquide Qui à force de gouttes Noie
Alors, il faudrait que j'accepte Tous ces jours alignés À ne faire que détendre ? Il faudrait que je reste Impassible et tenace En dehors des jardines Le cœur dans une bassine Moitié pleine d'eau tiède et grasse ?
Car jamais le passé ne s'efface Toujours presque là Suivant de près Avalant tout Sans rien recracher
Dites-moi vos noms Dites-moi toutes les histoires Je veux être couvert de mots Jusqu'à la dernière ligne Je veux l'encre J'ai soif
La liste des images Et des souvenirs à brûler A été distribuée On n'attend plus qu'un ordre
Des effeuilles planent Étrangement lentes L'une d'elles va toucher l'eau La surface s'y prépare Assemble ses reflets Un afflux de miroirs Et touche L'effeuille effleure Et fond
Nos voyages dorment Ils dorment violemment Les uns contre les autres Aucun rêve ne projette Aucun ombre C'est un sommeil furieux Et ramassé Et muet. Nous sommes minuscules Loin au-dessus d'eux Leurs tempètes nous ont oublié
Quoi que tu penses, Ton aile y va Tu creuses l'éternelle idée Charnelle, ivre-née, libre, Du sens et du son alliés, La parole mélomane et l'imaginable.
J'attends la douche ou la caresse Qui lissera ma peau Qui lui rendra son nom
Je t'ai volé l'audace Je l'ai mordue et avalée Je ne peux plus te la rendre Que deviendras-tu ? Il faut la refaire.
Les lumières courbes Se penchent Si ton ombre se retourne C'est toi qu'elle écoutent
Des perles sur tes lèvres La rosée D'une envie de baiser
Ne retiens rien de l'impossible Sinon les cœurs Sinon les terres aimées Sinon les bancs de sable Où tu posais les cheveux Les matins contre moi Je n'invente rien Je me souviens
Minuit s'est écarté Un vent d'est sèche les pommes Au loin quelqu'un chante
Alors, ce soir Pas de crissement dur Pas d'épaisse morsure Je poserai ma tête Le long d'une autre tête Et nous dormirons
Un cri très foncé Rôde autour de ta bouche Il aiguise ta voix Il élargit ta gorge Il grossit Espérons qu'il ne reste pas Bloqué
Sur le sol des ancêtres Les souvenirs sont doubles Les miens semblent petits Un jour pourtant Ils feront partie du lot
Le vent souffle Et les masques s'envolent Nos visages sont nus Et nos regards émus Surpris, soudain se collent Ailleurs, le monde frissonne
Assis sur une plume Sans bouger les yeux J'invente les airs D'où naîtront les vents Qui m'emporteront Chante avec moi Si tu veux me suivre